Présentation

 
 
Non ce n’est pas de la fiction. L’œil des bigs brothers vous surveille. Les nouvelles technologies de la surveillance tracent votre vie de la naissance à votre décès. C’est devenu le contrôle absolu des faits et gestes de l’ensemble  de la population. 

 

 Ce blog a pour objectif de vous informer sur les dangers liés à la biométrie, aux systèmes de contrôle de l’individu ou aux caméras de surveillance embarquée et de plus en plus miniaturiséesCes technologies de l’information et de la connaissance se trouvent être aux mains de multinationales, de sociétés financières qui considèrent les femmes et les hommes .comme de simples marchandises. Notre monde évolue et se dirige vers des sociétés totalitaires où la machine et la technicité primeront sur les valeurs humaines. 

 Vous pourrez bientôt lire une série d'articles concernent la vidéosurveillance, la biométrie, le RFID et les nanotechnologies. L'objectif principal est de fournir des argumentaires pour lutter contre ces nouvelles technologies de la surveillance et de l'intrusion. La démarche envisagée est de produire un argument par article Elle aura pour vision  d'ouvrir à la formation militante des personnes intéressées par les technologies modernes. Elle favorisera la prise en compte d'une réflexion globale : Comment les nouvelles technologies de la connaissance et de la transparance peuvent s'articuler, influencer et avoir une incidence particulière sur les  lois prises ces dernières années : la loi prévention de la délinquance ; la loi sur la protection de l'enfance; les fichiers bases élèves, la loi Hortefeux....

 Marie-Claude BONNEVILLE  

 

En effet, après le 11 septembre, l'Amérique meurtrie s’est lancée dans la chasse au terrorisme, imposant des lois de " traçabilité "  pour tout ce qui entre sur le territoire. Aujourd’hui, en, marge des denrées alimentaires, c’est l’homme qui doit être " traçable ". Le RFID et les technologies biométriques sont donc plus que " tendances "… 

 Ainsi, le 1er janvier 2006, le passeport biométrique européen est venu remplacer le passeport à lecture optique. On le devine très vite, ces considérations, si utiles soient-elles pour la sauvegarde de tous, soulèvent moults débats sur le respect de la vie privée. Si la Cnil n'a pas encore été saisie du problème, elle émet des réserves de principe sur les " autres fins " possibles.   

Nos libertés sont-elles menacées ? quand en 2008, 300 fichiers conservent nos données personnelles (CNIL).

Samedi 4 octobre 2008

Notre liberté est en permanence sous haute surveillance électronique. Les moyens informatiques ont permis d'augmenter ce que les spécialistes appellent notre "traçabilité". Nos activités, nos conversations, nos goûts et nos centres d'intérêts laissent des traces dans les multiples systèmes informatiques qui gèrent notre vie quotidienne. Toutes ces données sont collectées, centralisées et mémorisées par des organisations publiques ou privées, qui peuvent connaître à tout moment le "profil" de chaque individu.

Fichiers informatiques, téléphones portables, internet, association de la carte de crédit et du code barre, réseau Echelon, vidéosurveillance "intelligente", puces RFID, ou "système de veille totale" de l'administration Bush, découvrez tous les moyens par lesquels notre liberté est devenue très surveillée...
Depuis l'avènement de Sarkozy, nos faits et gestes se trouvent de plus en plus fichés, plus de 400 fichiers se crééent pas an. En fait, ce phénomène existe depuis près de 10 ans en France, mais depuis 2002, il s'accélère.

La stratégie utlisée c'est l'articulation de la psychologie comportementale avec le système de la cybernétique ;
un "manuel de programmation" de la société, existe déjà ainsi que les principes d'une guerre contre les citoyens. Il expose en détail les stratégies et les objectifs des "Maîtres du Monde", qui ne sont plus les chefs de gouvernements, mais les dirigeants des grandes organisations économiques et financières, le seul pouvoir à dimension planétaire...Depuis peu,avec la crise finacière aux USA les gros de la finance ne se cachent même plus.- l'opulance vulgaire pour les uns - la pauvreté et l'enferment dans les cachots pour les autres. A plus ou moins long terme c'est le formatag de l'ensemble des personnes sur la planête.
BlueEye.gifMarie

par La souris leste publié dans : manipulation mentale
Dimanche 6 janvier 2008

Schneider/Merlin-Gerin

Le modèle grenoblois, leader mondial de la vidéosurveillance.

1944. Après deux années d’impuissance des polices française et allemande face aux sabotages,

attentats et réquisitions des Résistants grenoblois, la Milice abat Paul Vallier, employé de

Merlin-Gerin, et l’un des chefs des groupes francs. En hommage à la Résistance locale, De

Gaulle nomme Grenoble « Compagnon de la Libération », un boulevard et une place reçoivent le

nom de Paul Vallier.

2007. Le premier employeur grenoblois (le groupe Schneider : Merlin-Gerin, Telemecanique et

Square D) devient le numéro un mondial de la vidéosurveillance. Les politiques locaux (Destot,

Baile, Sans Nicolas) réclament plus de caméras.

Vallier contre Destot. L’un veut échapper à la police. L’autre met en place une police infaillible.

Intérêts industriels et volonté politique : assemblons le puzzle des liens entretenus par Grenoble

avec la vidéosurveillance.

Pièce n°1 :

Schneider, numéro un mondial de la vidéosurveillance.

Spécialiste en automatismes et contrôles d’accès, le groupe français Schneider annonce le

1er août 2007 le rachat (pour 1,12 milliard d’euros) de Pelco, entreprise californienne spécialiste des

caméras, des outils d’enregistrement et de traitement du signal vidéo (mais pas de l’installation ni des

logiciels). Le président du directoire de Schneider se vante de son achat (2200 salariés, 506 millions

de dollars de chiffre d’affaires, croissance annuelle moyenne de 21 %) dans Les Echos du 2

août 2007 : « la sécurité offre un profil de croissance très attrayant et la vidéo devient un système clef

dans la gestion du bâtiment ». Aujourd’hui, le tiers du chiffre d’affaires de Schneider provient de la

partie Automatisme & Contrôle. Ainsi, le groupe devient le leader mondial de la vidéosurveillance,

marché mondial lui aussi en plein essor : 7 milliards d’euros en 2004, 9 en 2006, 12 en 2007. « Avec

un taux de croissance de 14 % par an, c’est le segment qui progresse de loin le plus vite en matière de

sécurité, devant le contrôle d’accès, la surveillance physique et l’alarme d’intrusion », rappellent Les

Echos.

Pièce n°2 :

Schneider, premier employeur grenoblois.

« Merlin-Gerin est bien à l’image de Grenoble ; à moins que ce ne soit Grenoble qui soit à l’image de

Merlin-Gerin ». (Pierre Frappat, Grenoble, le mythe blessé, Alain Moreau, 1979)

Le groupe Schneider, c’est à Grenoble sa filiale Merlin-Gerin, emblème de la ville. Une enseigne

Schneider, juchée sur l’immeuble du « World Trade Center » de Grenoble, domine la gare. Du

panorama de la Bastille, le site de la presqu’île (entre la gare et le polygone scientifique) est

immanquable. De même à Meylan derrière le Carrefour, les bureaux de Schneider s’étendent sur une

vaste surface. Quel grenoblois n’a pas eu un parent ou un voisin employé chez Merlin-Gerin ?

Fondée en 1919 par Paul-Louis Merlin et Gaston Gerin, l’entreprise se spécialise dans la production et

la distribution électriques. Sur ses nombreux sites isérois, Merlin-Gerin emploie en 1970 jusqu’à 8000

personnes. Aujourd’hui, « le premier employeur grenoblois » (1) rassemble 6300 salariés sur 27 sites

en Isère (Grenoble, Echirolles, Eybens, Le Fontanil, Moirans, Meylan, Montbonnot, Saint-Etienne-de-

Saint-Geoirs, Saint-Marcellin, Saint-Quentin-Fallavier et Varces). En 1992, le groupe Schneider

rachète Merlin-Gerin.

Et Schneider ? 1836 : les frères Schneider reprennent les fonderies du Creusot. Deux ans plus tard,

ils créent Schneider & Cie. 1891 : spécialiste de l’armement, Schneider se lance sur le marché encore

balbutiant de l’électricité. Après-guerre : Schneider abandonne les armes et se tourne vers la

2

construction, la sidérurgie et l’électricité. L’entreprise diversifie ses débouchés et s’ouvre à de

nouveaux marchés. Le groupe rachète Telemecanique (1988), Square D (1991), et Merlin-Gerin

(1992). Schneider Electrics, présent dans 130 pays, réalise en 2006 13,7 milliards d’euros de chiffre

d’affaires (+ 17 % par rapport à 2005) et le premier semestre 2007 est « au-delà des prévisions ». Les

activités du groupe se déclinent en deux parties : Distribution électrique, Automatismes &

Contrôle (2).

Digression : l’affaire Alavoine. Cette étrange histoire mérite quelques lignes, puisqu’elle concerne

les activités de Schneider à Grenoble. Le 14 décembre 1991, Laurence Alavoine, ingénieur spécialisée

dans la sécurité nucléaire, habilitée secret Défense, travaillant sur la rénovation de centrales nucléaires

dans les pays de l’Est disparaît lors d’une balade en Chartreuse. Le matin de sa disparition elle

rédigeait un mémoire de 12 pages sur ses collègues et les activités de Schneider. Les mois précédents,

elle évoquait ses craintes de « disparaître », sa connaissance « d’une affaire dangereuse », sans en

dire plus, « pour protéger sa famille » car « ils n’hésiteront pas à m’éliminer si je parle ». Son mari et

des articles de presse posent des questions sur cette disparition ; on retrouve finalement son corps en

avril, dans un pierrier. La justice classe l’affaire et la direction de Schneider n’a « aucun commentaire

à faire ». Un an plus tard, Schneider revend sa filiale nucléaire à Data Systems & Solutions (3).

Revenons à nos moutons électriques. « Le centre de décision du groupe, dont Merlin-Gerin

représentait une part très importante, a définitivement quitté la sphère grenobloise au cours de la

dernière décennie », ainsi « aujourd’hui, aucune grande décision stratégique n’est prise dans la cité

dauphinoise » (4). Mais c’est encore aux Ruires, à Eybens, que se trouve le site où Schneider a

regroupé, en 2006, 1400 chercheurs dans son « Electropole ».

Le Figaro du 13 octobre 2006 nous apprend qu'« un an après avoir rassemblé ses forces nationales en

matière de recherche fondamentale sur ‘le Technopole’ de Grenoble, Schneider Electric y a inauguré

hier son ‘Electropole’. Celui-ci regroupe sur 33 500 mètres carrés les équipes françaises du groupe

en matière de recherche appliquée dans les secteurs électronique et électromécanique. Cette

concentration de matière grise a nécessité 85 millions d’euros d’investissements, dont 60 millions

pour l’Electropole. Les 1 400 personnes concernées, dont 290 en recherche fondamentale, ont pour

mission de stimuler l’innovation, présentée comme le fer de lance de la nouvelle stratégie que

souhaite insuffler Jean-Pascal Tricoire, qui a pris la tête du groupe depuis mai dernier. Innovation à

laquelle Schneider Electric consacre chaque année de l’ordre de 5 % de son chiffre d’affaires, soit

11,7 millions en 2005. Les équipes grenobloises de Schneider Electric, comme celles des 45 autres

sites de recherche du groupe répartis dans 25 pays, ont pour mission de développer des produits plus

fiables et des solutions d’efficacité énergétique ».

Pièce n°3 :

La police est une politique.

Le 21 janvier 1995, la loi Pasqua autorise l’implantation de la vidéosurveillance dans les lieux

publics. En décembre 2005, la loi anti-terroriste de Nicolas Sarkozy élargit le champ d’application des

caméras : abords des bâtiments privés et accès direct aux images pour les services de police et de

gendarmerie, hors du contrôle de la Justice. Le gouvernement prépare maintenant une nouvelle loi

d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI 2, remplaçant la LOPSI de

2002). « Impressionné par ‘l’efficacité de la police britannique’, Nicolas Sarkozy a ainsi demandé à

son gouvernement de tripler le nombre de caméras de vidéosurveillance (…). Il y a de quoi soutenir

un marché mondial en pleine croissance » (5). Face à ce déferlement, Alex Türk, le président de la

CNIL (Commission Nationale Informatique et Libertés, l’organisme d’Etat chargé de la validation des

fichiers) « a estimé qu’il n’existait pas ‘d’opposition de principe’ ». Selon lui, simplement, « les

citoyens devront être conscients qu’ils perdront une partie de leur liberté pour renforcer la sécurité

collective » (6). Les multiples rapports qui dénoncent l’inutilité de la vidéosurveillance (déplacement

des infractions, changement des modes opératoires, etc.) pourraient interroger. Ne vaut-il pas mieux

des réverbères que des caméras ? Si les gestionnaires de la CNIL se posent peut-être cette question,

ils sont incapables d’attaquer les causes politiques du déferlement policier. C’est pourquoi des

3

contestataires occupaient le 14 décembre cette vitrine du ministère de l’Intérieur, dénonçant son rôle

nuisible. Finalement l’impact de la vidéosurveillance sur la délinquance a peu d’importance, puisque

son véritable objet n’est pas là.

La création de valeur économique est le premier objectif. Il est avoué, nous n’épiloguerons pas dessus

en renvoyant simplement au célèbre « Livre Bleu » édité par les industriels du GIXEL (7).

Quant à « l’avènement d’une société de surveillance », inlassablement annoncé par la CNIL, c’est

bien l’autre but de l’opération et non pas l’un des « effets pervers » de la multiplication des caméras.

Rendre la société transparente et totalement contrôlable est l’un des objectifs des gouvernements des

pays industrialisés. Chacun y va de son analyse : au choix cela démontre la force ou l’extrême

faiblesse de la classe dominante. Une chose est sûre : les dispositifs se resserrent autour de nous.

Vidéosurveillance, biométrie, carte d’identité électronique, RFID, prélèvement ADN,… sans réaction

dans la population. Habitués à vivre en liberté surveillée, notre état de suspects rend coupables celles

et ceux qui refusent le contrôle, et la boucle est bouclée.

Qu’en pensent les hommes politiques grenoblois ? En novembre 2007, Henry Baile (figure locale

de l’UMP) adresse aux grenoblois le tract « Sécurité » : « À considérer la peur dans laquelle vivent

nos commerçants de voir leurs magasins dévalisés en une nuit, nous ne pouvons rester insensibles. Il

me paraît nécessaire que Grenoble s’engage à suivre le plan national d’action de développement de

la vidéo protection (sic) pour améliorer concrètement la sécurité des Grenoblois dans leur vie

quotidienne et augmenter le taux d’élucidation des affaires par les services de police ». Le

11 décembre, le Dauphiné Libéré interroge Fabien de Sans Nicolas, candidat déclaré à la mairie de

Grenoble, qui a retrouvé à l’UMP « toutes les valeurs qui [l’] ont guidé depuis l’armée : le mérite, la

solidarité ». « On peut essayer de parler de l’insécurité de manière équilibrée, en évoquant par

exemple le recours à la vidéo-surveillance, sans que l’on soit taxé de sécuritaire… ». La position des

sarkozystes est claire. Et à gauche ?

Pour une vidéosurveillance républicaine (gratuite et efficace) ? Le 26 juillet dernier, Michel

Destot, maire socialiste de Grenoble participe à la réunion (présidée par la ministre de l’Intérieur) sur

la vidéosurveillance dans les espaces publics et les transports en commun, en tant que président du

Groupement des Autorités Responsables de Transports Publics (GART). But de cette réunion : tripler

le nombre de caméras sur le territoire français d’ici 2012. Lors de cette séance, « après avoir rappelé

les efforts fournis depuis de nombreuses années par les autorités organisatrices en matière de lutte

contre l’insécurité, Michel Destot a exprimé la volonté des autorités organisatrices de poursuivre leur

action afin de lutter contre le terrorisme ». Michel Destot souligne que les élus sont « soucieux de la

préservation de la vie privée de leurs concitoyens et que les systèmes devaient être installés avec

discernement ». Conscient du danger que représente la vidéosurveillance, Michel Destot tient une

position très ferme, une position socialiste : « les autorités organisatrices ne peuvent assumer seules

les coûts de mise en oeuvre de systèmes de plus en plus sophistiqués dont les finalités en termes de

sécurité ou de sûreté excèdent leur responsabilité et leur mission » (8).

En bref : la vidéosurveillance, oui si l’Etat paye. Et oui si elle est mise en oeuvre « avec

discernement ». Voilà des paroles insensées. Nous viendrait-il à l’idée de réclamer d’être surveillé

avec discernement ? « OK, vous pouvez m’injecter une puce électronique GPS dans le bras, mais avec

discernement et si c’est remboursé par la Sécu. » ou « Une caméra dans mon salon ? C’est gratuit ?

Bon d’accord, mais installez-la avec discernement ». Le nombre de caméras en France, donc à

Grenoble, va tripler d’ici 2012. Quel sens le mot « discernement » peut-il alors avoir ? De même,

l’argument financier est sans valeur : quand on refuse la surveillance, on ne se bat pas pour savoir qui

va la financer.

Le troisième et dernier argument parfois avancé par des opposants à la vidéosurveillance est l’absence

d’efficacité. Malheureux ! C’est justement une chance. Le jour où les dispositifs de contrôle et de

surveillance rempliront à 100 % leur mission, nous serons dans un Etat littéralement totalitaire. Les

caméras généralisent la présomption de culpabilité. Nous ne voulons pas une présomption de

culpabilité plus ou moins efficace, mais la présomption d’innocence. Se battre pour une

vidéosurveillance « efficace », c’est se tromper d’argument.

4

22 mars 1944. Vol des fichiers du S.T.O. et des cartes d’alimentation, attentats à la caserne de Bonne,

au Polygone d’artillerie, à l’hôtel de l’état-major italien… les groupes francs harcèlent depuis deux

ans occupants et collaborateurs. La Milice abat le responsable de « Combat », Paul Gariboldi dit

Vallier, dessinateur industriel chez Merlin-Gerin. À la Libération, on donne le nom du jeune mort à

un boulevard et à une place. Quand Michel Destot lui rend hommage en mars 2006, il oublie de nous

dire comment les Paul Vallier de demain pourront résister, face à une police infaillible, une

vidéosurveillance efficace et une carte d’identité infalsifiable. Aux yeux de l’Etat, les résistants sont

des terroristes (toujours) ou des héros (parfois, mais trop tard). Michel Destot, qui n’est pas un

terroriste mais un homme politique, indigne membre de la Ligue des Droits de l’Homme, ne se pose

pas ces questions. Dans la même position gestionnaire que Fabien de Sans Nicolas, Henry Baile, ou la

CNIL, aux commandes de l’Appareil, il ne peut pas comprendre que l’inflation de la machinerie

d’Etat nous fait plus de mal que ne pourront jamais nous en faire quelques délinquants. Son seul but

est d’enrober de velours des décisions de fer.

Destot, simple flic. Sacrifier la politique à la technique, sacrifier les libertés à la sécurité, c’est le

credo de tous les techniciens. Les bons techniciens peuvent être de droite comme de gauche, seule

compte leur soumission à l’appareil d’Etat et à la technique. S’opposer aux technologies de police,

c’est formuler les problèmes en termes politiques et de transformation sociale, non en termes

gestionnaires.

On aura compris que même le terme d’homme politique est abusif. Finalement, Michel Destot,

ingénieur au CEA devenu maire de Grenoble, n’est qu’un technicien.

Technopolis, technopolice.

Mouvement pour l’Abolition de la Carte d’Identité (MACI)

5 janvier 2008

Notes :

(1) Les Nouvelles de Grenoble, hors série Economie, octobre 2004.

(2) Le Dauphiné Libéré, 21/08/2007 et Le Monde, 22/02/2007.

(3) Libération, 29/03/2002, Le Dauphiné Libéré, 01/04/2002, 03/04/2002, 13/04/2002, Le Monde

03/04/2002, Objectifs Rhône-Alpes, mai 2002.

(4) Didier Retour (directeur de l’Ecole Supérieure des Affaires de Grenoble) Le Point, 25/03/2004.

(5) Les Echos, 02/08/2007 et Le Monde, 10/07/2007.

(6) Le Figaro, 10/07/2007.

(7) http://bigbrotherawards.eu.org/IMG/pdf/Livre_bleu.pdf

(8) www.maire-info.com, 31/07/2007. Lire également www.micheldestot.blogs.com.

Retrouvez ce texte et bien d'autres sur

www.piecesetmaindoeuvre.com

par La souris leste publié dans : manipulation mentale
Dimanche 30 décembre 2007

A la jonction du psychique et du social, ces émissions de la téléréalité (allant de loft story, avec la ferme, Star-Académie…) ne sont que le reflet d’une époque où l’intimité est devenue une valeur culturelle forte, une valeur publique et politique. Prenons cet exemple que nous connaissons. N’avons-nous pas élu un Président de la République,  qui ne cesse de rompre avec les comportements de ses prédécesseurs, hyper-actif, laissant croire à chaque français que sa Haute Autorité s’intéresse à la vie de chacun d’entre nous et qui sait bien mélanger les affaires de l’Etat avec celles qui relèvent du privé. En fait, le comportement du président de la République est bien conforme à l’idéologie de ces émissions de la télé-réalité. De plus, elles répondent à ce besoin intérieur enfoui en l’Homme, de voir et de se faire voir.

Si le public a toujours ressenti le besoin de se nourrir d’évènements dits « extraordinaires » ragots ou de scandales, ces psycho-jeu de rencontre dépassent la simple curiosité, ces jeux glissent vers un voyeurisme certain.

Ils posent des questions de psychologie et de droit. Qu’est-ce qui pousse un être humain à se conformer aux règles d’un groupe, d’une communauté ou d’un quartier… ? Qu’est-ce qui l’incite à abandonner ses droits à la liberté « individuelle » à ses valeurs telles que « sa dignité », ses « principes moraux et humains » au profit d’une croyance « pour le bien de la sécurité des populations » ? – Quelle « Société » souhaiterions-nous mettre en place ?

 Autant d’interrogations qui nous interpellent sur l’effet de la banalisation de la vidéosurveillance sur le contrôle social et individuel.  C’est ce point que je voudrais pointer en priorité : la téléréalité amène les citoyens à accepter la banalisation de la vidéosurveillance, Souriez-Vous-Etes-Filmé-es ! l’a bien compris lors de son action « Poubelle à l’émission M6 loft story ».

En quoi la lutte des militants de l’association « Souriez-Vous-Êtes-Filmé-es ! » est nécessaire pour lutter contre la banalisation de la vidéosurveillance ? En donnant quelques exemples concrets, je vais essayer de « démasquer » les mécanismes de manipulation liés à l’inconscient individuel et à l’inconscient groupal. Je n’ai pas l’intention de tout expliquer à partir d’un éclairage psychanalytique mais simplement d’avertir que « Big Brother » se présente sous toutes ses formes, en utilisant les fantasmes humains. Il peut nous rendre docile et soumis si nous ne réagissons pas rapidement. De même, la Société Endemol n’a rien inventé, elle a su seulement  importer des émissions américaines.

En fait, elles ne sont que la reproduction de ce qui se passe aux États-Unis et en Grande Bretagne –  ces pays nous révèle qu’un américain est filmé 200 fois par jour ou qu’un londonien  l’ait 400 fois en une journée.  

Cette émission programmée par Endémol tend un miroir susceptible de réfléchir à la fois la fantasmatique du réalisateur et des processus sociaux et qu’elle essaie d’élaborer (scènes de la vie primitive énoncées par Freud…).

De plus, nous pouvons nous appuyer sur certains travaux de D. Winnicott, W.Bion (quant aux psychiques de l’environnement) – ce qui nous donne un modèle – une structure pour penser en termes cliniques (sentiment d’abandon, attachement, fusion ou la persécution d’un environnement instable).

Néanmoins, pour bien comprendre ce processus, il est nécessaire de faire un parallèle avec l’apparition et l’évolution des genres de films qui ont précédés, voir suivis les transformations, crises et ruptures de la société d’origine, parfois sur le mode du miroir fidèle et dans ce cas, de la  Star Academy, ce sont des processus défensifs propres à la position paranoide-schizoide (1) qui sont utilisés. Le projet d’une émission concerne non pas le recueil des faits et gestes pendant un laps de temps mais la possible « symbolisation » de leurs effets sur l’appareil psychique de chaque téléspectateur.

Ainsi, l’engouement de la population de la « comédie musicale » coïncide dans son apparition avec la Grande Dépression de 1929. A l’époque où les individus vivaient dans la crainte et la misère, les cinéastes pouvaient apporter du rêve et de l’imaginaire comme si, l’incertitude où chacun vivait ravivait des fantasmes sur la perte de l’objet (2) ; le vide de la dépression se contre investissait alors d’un fantasme (3) maniaque où le désir et l’objet fusionneraient (4).

Situé pendant la Grande Dépression, le film de Woody Allen, « la rose pourpre du Caire » donne à voir comment la fiction peut devenir une consolation pour ceux dont la vie concrète est insupportable. Prenons  l’exemple du film catastrophe : le procédé qui est mis en œuvre pour résoudre les problèmes liés à l’incertitude de l’environnement  passe par l’identification de l’agresseur. Dans ce type de films, c’est toujours grâce à un héros à la poigne d’acier que la société est sauvée.

Le film catastrophe introduit une menace omniprésente sous nos pieds, dans les murs, dans notre corps. Malgré l’immensité du champ sur lequel porte l’angoisse, on craint le manque d’espace ou la peur de se trouver enfermer. Le film catastrophe métaphorise cette angoisse 

 (si on regarde un tremblement de terre, une tempête, un incendie ou un raz de marée). Au fond de la terreur, lorsque le concernant vient à manquer, il existe une satisfaction : le plaisir de l’identification à la catastrophe qui attire les foules pour voir la Tour infernale brûler par exemple. Toujours sur le même registre de films, le spectateur s’identifie à un héros fort et puissant comme le succès de Rambo ou Sylvester Stallone rivalisent de qualités phalliques identificatoires.

Ainsi, dans la vie de tous les jours où l’incertitude du lendemain est de plus en plus présente pour les travailleurs précaires, les chômeurs et les personnes à mobilité réduite ; il se trouve que ces genres de films anesthésient leur souffrance – ils recherchent les moyens de se protéger ou de se rassurer – ce sont des populations dites fragiles et plus facilement malléables et conditionnables.

Enfin, rappelons ce film de Fellini « Prova d’orchestra » où les musiciens refusent de jouer et préfèrent passer à la transgression : « ils salissent le sol d’excréments, font l’amour sous le piano ; lorsqu’une grosse bille d’acier frappe le mur de la maison et tout s’écroule. Alors, le chef d’orchestre relève la tête, rassemble ses musiciens et leur réapprend à jouer à l’unisson. C’est alors, la jubilation de l’image spéculatoire sonore retrouvée. Mais la voix du leader change peu à peu. On n’entend plus que les clameurs du Moi idéal (5). C’est la personne d’Hilter qui apparait, harangue les foules et crache sa haine.

C’est un risque évident, à vouloir une réunification de la société, à une uniformisation des comportements des individus, nous pouvons glisser irrémédiablement dans le « fascisme ». Tout est dit dans ce dernier exemple, aujourd’hui, c’est le progrès technologie non maîtrisée avec la société de l’information et de la « connaissance » qui actualisent la menace d’une disparition de l’être humain éclairé – dans son originalité et de son environnement naturel. la Société Endemol reste complice et nous le désapprouvons comme pour toutes les autres sociétés multinationales parce qu’elle accepte la diffusion de ce type d’émission perverse.

La prolifération des émissions de téléréalité met en jeu ces processus psychologiques, – à petite échelle- mais sur une longue période de génération en génération risquent-elles de nous déshumaniser en nous habituant à être surveillé et contrôlé ?

Toutefois, TFI, M 6… pour ne citer que ces 2 chaînes utilisent  ces processus de manipulations psychologiques à des fins commerciales et pour augmenter le niveau de l’applaudimètre.  C’est une manipulation à la fois des téléspectateurs et des  candidat(e)s ; ils ou elles n’ont pas toujours consciences de tout l’enjeu et de la perfidie de ce psycho-jeu ; ils ou elles ont vendu leurs corps, leur intimité, pour de l’argent ; pour être reconnu comme le ou la  gagnant(e) alors que les autres participant(e)s qui ont perdu  retournent à l’oubli, à l’anonymat. Personne ne se pose la question : la médiatisation peut-elle détruire une personnalité, amenée au désespoir ?

De plus, au-delà du droit à la protection de la vie privée et des valeurs morales ; ce sont le respect des données corporelles, le respect du droit à l’image, le respect du droit à la dignité qui se trouvent atteints. Les participants à ce type d’émission sont-ils devenus des esclaves, des prostitués réduits au niveau d’une marchandise à jetée et quelconque ? – c’est aussi la remise en question des relations naturelles entre les individus qui pose problème ; la défiance, la méfiance  et la délation remplaceront-ils la confiance, la solidarité et la fraternité ? Devrons-nous, à l’avenir d’être contraints de payer un impôt -pour garder notre liberté individuelle -pour jouir de la paix et du bien-être ? Cette éventualité ne me paraît pas absurde, quand, déjà, en France des quartiers de cadres et de nantis se sont construits  entourés de caméras embarqués afin de rester entre eux et ne pas voir la pauvreté et la misère. Bien sûr, les « pauvres » auront perdu le droit à la propriété de leur vie privée pour ne devenir que la horde d’esclaves du monde capitaliste.

 

(1)    état de délire avec des impressions persécutrices étranges et floues – symptôme de la psychose de la schizophrénie.

(2)    En psychanalyse, le sein de la mère

(3)    Utilisé dans le sens de défense (un symptôme peut en cacher un autre)

(4)    Le manque ou le vide intérieur serait de combler par un autre objet de désir (manger avec boulimie, boire, fumer peuvent combler un manque)

(5)    Selon wiképedia, le Moi idéal sera l'instance des identifications héroïques : si le moi se définit déjà comme imaginaire, le moi idéal est triomphe du conte, s'exprimant par exemple dans le rêve, ou la rêverie diurne, exprimant toute la force du sujet qui se voit comme sur-homme ( au sens de super-man, concept différent du surhomme de Friedrich Nietzsche)

Marie-Claude Bonneville

 

 

 

par La souris leste publié dans : manipulation mentale
Dimanche 23 décembre 2007

  Comment protéger notre vie privée dans un monde où la traçabilité explose ?

Il y a deux ans, le professeur Sandy Pentland du MIT a fourni une centaine de téléphones à ses étudiants, des téléphones équipés d’un logiciel permettant à l’équipe du professeur Pentland d’étudier les interactions entre leurs possesseurs. Le professeur Pentland et son assistant, Nathan Eagle, ont ainsi développé un modèle de réseau social plus précis et plus nuancé que ceux construits à partir d’interviews. Leur étude (.pdf) leur a permis de modéliser, à partir de nos comportements téléphoniques, la qualité de nos relations sociales et même d’apporter des résultats de modélisations plus personnels, comme la mesure de notre satisfaction au travail.

Real Time RomeL’analyse des données issues de nos téléphones mobiles ouvre de nouveaux champs d’études, dont celui de la “fouille de la réalité” (reality mining), comme l’explique le professeur Pentland dans un passionnant entretien accordé à la Technology Review. Ces données ne vont pas servir seulement à tracer nos interactions sociales, mais nous aideront demain à mieux gérer et concevoir notre environnement, à mieux comprendre les flux qui le parcourent. A l’exemple de l’expérience Real Time Rome qui permettait de cartographier les flux de personnes dans la ville de Rome via les mobiles de ses habitants. Sur le même principe, PathIntelligence qu’évoquait récemment TechCrunch permet d’analyser, via les signaux des téléphones mobiles, les déplacements des clients dans des espaces commerciaux. Et ce ne sont là que les premiers balbutiements des possibilités qu’offre l’amas de données collectives que nous allons être capables d’accumuler.

Ce type de données, révélées par les capteurs qui se multiplient autour de nous, ne va cesser de croître, comme l’expliquait Adam Greenfield cette semaine à la conférence “Les matières du Design” à Minatec. Les capteurs, les nouvelles technologies, créent d’autant plus de surveillance que “l’informatique se dissout dans le comportement”. Face à cet internet des choses, où nos objets sociaux sont capteurs, la traçabilité des individus atteint un stade nouveau, un seuil qui doit nous questionner.

Un pas plus loin dans la traçabilité
“La fouille de la réalité c’est permettre à l’infrastructure technologique de connaître des informations sur votre vie sociale”, explique Sandy Pentland. Nos téléphones savent qui nous sommes. Avec Facebook, ils peuvent savoir quels rapports nous entretenons avec notre réseau social et, selon le statut de chacun de nos “amis”, peuvent par exemple leur fournir des moyens différents de nous joindre. “La fouille de la réalité consiste à faire attention à nos actions en ligne et utiliser cette information pour nous aider à établir des politiques de confidentialités conformes à nos interactions.” Nos téléphones sont déjà des capteurs de notre environnement : le protocole Bluetooth peut être une passerelle pour enregistrer, tracer et comprendre nos interactions avec les autres et en dessiner les relations. L’iPhone possède un accéléromètre qui permet de savoir si nous sommes assis ou en marche. Tous les téléphones disposent de microphones par le biais desquels on pourrait analyser le ton de notre voix, ou certaines caractéristiques de notre comportement (savoir si nous interrompons les gens, etc.)… Ces données peuvent par exemple nous dire quel rôle les gens jouent dans un groupe. “C’est certainement de la psychologie de bazar et les gens concernés savent déjà cela, mais jusqu’à présent nous étions incapables de le mesurer, à une telle échelle”, souligne Sandy Pentland. Ce qui est certain, c’est que la fouille de la réalité va permettre de voir des choses d’une manière inédite : en cas de menace épidémiologique par exemple, nous pourrions surveiller les mouvements de population pour mieux prévenir un problème sanitaire majeur, voire identifier les gens qui ne se déplacent plus dans une zone infectieuse et sont donc présumés malades.

Demain, comme le rappelle le professeur Pentland, ces données vont avoir des applications très immédiates, pour la gestion de nos communications par exemple, qui pourront se fonder sur nos relations réelles. Mais également dans le domaine de la santé où nous pourrons surveiller et faire surveiller notre état de santé… Nous n’échapperons certainement pas à l’informatique omniprésente ni à la fouille de la réalité. Tout au mieux peut-on édicter des règles avant qu’il ne soit trop tard, pour essayer de limiter les multiples débordements qui ne vont pas manquer.

Répondre par un respect plus grand de la vie privée
Mais comment préserver la vie privée dans un monde où les téléphones sont constamment en train de rendre compte de notre vie, de nos déplacements ? “Nous avons certainement besoin d’en débattre et d’établir un nouveau pacte pour la vie privée - pour qu’on puisse utiliser ces données sans en abuser”, clame le professeur Pentland. Adam Greenfield ne dit pas autre chose en proposant ses 5 principes éthiques sur lesquels devraient se bâtir les systèmes pervasifs. Pour autant, est-ce suffisant ?

Si demain la fouille de la réalité devient possible, il faut que celle-ci soit strictement encadrée afin de garantir, bien plus qu’elle ne le fait aujourd’hui, la protection des utilisateurs. Et ceci suppose au moins que les services, les applications, les autorités n’aient jamais accès aux données d’identification. Alors qu’elles sont accessibles d’un clic, alors que la technologie permet avec toujours plus de facilité tous les croisements possibles et inimaginables, ne faut-il pas envisager que ces croisements soient rendus impossibles ?

Cela signifie certainement qu’il va falloir prendre des mesures plus radicales pour protéger l’intimité, pour décorréler les données personnelles (celles qui permettent de nous identifier clairement) de ce panoptique généralisé. C’est en cela peut-être qu’il faut entendre les critiques récentes à l’encontre de la CNIL. Contrairement à ce que nous sommes en train de faire, la nouvelle puissance de ces données nécessite certainement plus encore de renforcer et protéger l’anonymat et l’intimité des utilisateurs.

Cela signifie que ces informations accessibles d’un clic doivent être encore plus coupées de celles qui permettent de nous identifier. Qu’elles ne peuvent et ne devraient pas être accessibles sur simple décision de police, mais bien uniquement sur décision de justice et dans un cadre légal qui ne doit pas en simplifier l’accès, au contraire. Que les procédures d’anonymisation devraient être normales, systématiques, voire obligatoires. Contrairement à ce que nous sommes en train de faire, il va certainement falloir réaffirmer plus avant la protection de nos données personnelles, leur inviolabilité : plutôt que de laisser leur pervasivité affleurer.

Dans un monde de données ambiantes, la tentation de tout savoir devient presque irrésistible. Pourtant, face aux résistances sociales et psychologiques que cela ne va pas manquer d’introduire, il s’agit bien d’en comprendre l’essence et non pas de les minorer. En s’insinuant dans des transactions dont elle était absente, l’intelligence ambiante va bouleverser notre rapport à notre environnement et à l’information qui émane de nous même. Pour y répondre, il va certainement falloir offrir toujours plus de garanties à l’individu et décider d’un vrai bond en avant dans la protection de l’intimité. En échange de la collecte des données collectives que l’informatique omniprésente va libérer, nous ne pouvons pas céder nos données personnelles. Au contraire.

Hubert Guillaud

par La souris leste publié dans : manipulation mentale
Dimanche 23 décembre 2007

  Comprendre le cerveau : l’interprétation en question


Dans: Enjeux, débats, prospective, Opinions - Par Rémi Sussan le 22/11/2007

Une IRM du cerveau dIl ne se passe pas une semaine sans qu’une publication, scientifique ou non, ne nous informe de progrès dans le domaine de l’imagerie médicale. Cela ne va pas sans créer espoirs et terreurs peut être un peu disproportionnés. Sera-t-il possible enfin de comprendre demain comment l’on pense, d’accroitre notre connaissance de nous-mêmes. ou sommes-nous en train, sans nous en apercevoir, de tomber sous l’influence de politiciens et de marketeurs sans scrupules, servis par des neuroscientistes sans conscience, manipulant nos croyances, nos choix, nos désirs, le regard fixé sur les images de nos cerveaux ?

Aussi fascinantes que soient ces questions, il se peut qu’elles soient quelque peu prématurées. Il semble bien que les expériences de “lecture dans le cerveau” soient loin d’être concluantes, et que le “neuromarketing” ne soit précisément rien d’autre que du … marketing au service du financement des neurosciences.

La langue de bois du neuromarketing
La dernière polémique a débuté par la sortie d’un article dans le New York Times, écrit par les chercheurs eux-mêmes, sur les choix politiques des américains pour les prochaines élections présidentielles.

Un groupe de 20 électeurs indécis, dix hommes et dix femmes, s’est vu proposer une série de questions tandis que leur cerveau était soumis à une analyse via la “résonance magnétique fonctionnelle” (IRM), qui repère les parties du cerveau actives en mesurant le taux d’oxygène qu’elles consomment.

Selon l’équipe de chercheurs, les résultats pourraient “ révéler certaines des impressions des électeurs, autour desquelles les élections pourraient bien tourner“. Ainsi, les hommes à qui furent présentés les mots “républicains”, “démocrates ” ou “indépendants”, activèrent à des degrés divers les zones de l’amygdale, indiquant l’anxiété, selon les auteurs. En fait, “les deux aires du cerveau associées à l’anxiété et au dégout ont été particulièrement affectées lorsque les hommes voyaient le mot “républicain”. Mais d’un autre côté, précise l’article, “se sont allumées également les zones correspondant à la récompense, au désir, à la sensation de se trouver relié aux autres…”

Le reste de l’article est de la même eau. On y apprend que les électeurs hostiles à Hillary Clinton dévoilent des activations paradoxales, comme s’ils étaient mal à l’aise avec leur hostilité… On y apprend enfin que selon le sexe des sujets, les réactions envers Hillary Clinton et Rudy Giuliani sont inversées. Les femmes tendent à soutenir Hillary Clinton, mais perdent leur intérêt pour elle après avoir vu une de ses vidéos. La réaction des hommes est exactement la même pour Rudy Giuliani. Après visualisation des prestations des candidats, des hommes se sont rapprochés de Hillary Clinton, et des femmes de Giuliani.

Le papier continue par l’analyse des réactions aux différents candidats. Les auteurs se fendent parfois d’un conseil aux politiques, souvent un peu flou, qui n’est pas sans rappeler certaines prédictions d’astrologues :
“Nos découvertes montrent que monsieur Barak Obama doit continuer à essayer de faire impression sur certains électeurs indécis. Son discours a tendance à résonner chez les hommes qui ont participé à notre étude, mais échoue à impliquer les femmes…”

Peut-on interpréter l’activité du cerveau ?
Que déduire de ce genre de conclusions ? Mystère et langue de bois ?
En tout cas, une bonne part des blogueurs et journalistes scientifiques a réagi avec scepticisme à l’article, voire même avec une certaine violence. Du reste, le New York Times lui même a publié une lettre ouverte signée par une quinzaine de scientifiques dans laquelle ils dénonçaient la méthode utilisée dans l’article.

Dans la revue en ligne Slate, Daniel Engber ironise à propos de l’expérience sur les “démocrates, républicains et indépendants” : “Selon ces auteurs, ces régions du cerveau correspondent à l’anxiété, au dégout, au plaisir. Réellement, tous les trois ? Et de ce mélange insensé d’émotions, ils concluent que “les électeurs ressentent à la fois le danger et l’espoir devant les différents partis.” En effet, on serait bien en mal de tirer une conclusion opératoire d’un tel constat - ni même de s’en étonner.

Tous les commentateurs remarquent que l’assignation d’une émotion à une zone du cerveau est loin d’être aussi claire et unidirectionnelle que les auteurs de l’article peuvent le laisser croire. Il est vrai que l’activation de l’amygdale signe l’apparition de l’anxiété, mais elle peut aussi révéler “la colère, la joie, l’excitation sexuelle”. Selon Thomas Ramsøy, de Brainethics, “même une simple incertitude émotionnelle (par exemple un visage à l’expression neutre) peut activer l’amygdale”.

Daniel Engber, tout comme Vaughan Bell du blog Mind Hack, s’interroge sur les motivations de l’équipe d’expérimentateurs (et auteurs de l’article) : encore une fois, tout cela n’est pas passé par la “revue par les pairs” comme toute bonne publication scientifique.

Ces recherches sont en fait le produit du travail d’une société privée, FKF Applied Research, qui se proclame “le leader en neuromarketing”. Il est vrai d’ailleurs que la “révision par les pairs” tend de plus en plus à être négligée ces temps ci, dès que de gros intérêts commerciaux sont en jeu (voir ici et ).

La façon dont nous comprenons le cerveau est erronée
Le vénérable New York Times se livrerait-il à la pratique honteuse du publi-reportage ? Peut être ? Mais les choses ne sont pas si simples. L’un des principaux auteurs, Marco Iacoboni, est un neuroscientifique réputé, travaillant à l’université de Californie ; il n’est pas membre de FKF, et ne semble pas y avoir d’intérêt financier. Crier à “l’arnaque” ne serait-il pas aussi illusoire et rapide que s’enthousiasmer sans réserve pour de telles types de recherche ? La directrice du centre de neuroscience cognitive à l’université de Pennsylvanie, Martha Farrah, qui n’y va pas de main morte quant à la critique de l’article du New York Times, évite pour autant les arguments trop simplistes et les attaques ad hominem (après tout, on peut avoir des intérêts financiers dans une affaire et raison tout de même !). Elle rejette par exemple l’idée “qu’on puisse faire dire ce qu’on veut aux images du cerveau”. “A l’heure actuelle”, précise-t-elle, “je ne crois pas qu’on puisse dire que Lacoboni et son équipe aient fait quoique ce soit de stupide ou de douteux avec leurs images”.

Elle récuse aussi l’idée qu’il soit impossible de déduire quoique ce soit des états mentaux d’un patient grâce à l’imagerie cérébrale : “Nous devons garder l’esprit ouvert quant à la possibilité que l’IRM puisse révéler des sentiments ou des attitudes importantes pour les campagnes électorales.”

Non, ce qui gène Martha Farrah, c’est la tendance de l’esprit humain à “bâtir des histoires pour y croire ensuite”. Elle aussi remarque le parallèle avec les techniques de divination : “Certaines des interprétations proposées dans l’article concernent un sous-ensemble des sujets, par exemple juste les hommes, ou juste les électeurs qui votent contre un candidat. Certaines concernent les états cérébraux des sujets au début d’un scan, d’autres à la fin de celui-ci. Certaines traitent de réponses à des photos, ou à des vidéos. Avec cette manière de diviser et regrouper les données, il est difficile de ne pas en ressortir, à la fin, avec des structures interprétables. Bougez des feuilles de thé suffisamment longtemps, et vous verrez apparaitre des paquebots et de superbes étrangers dans votre tasse !”

Si ce sont les mécanismes de l’interprétation qui posent problème, alors c’est peut être que la façon dont nous comprenons des messages comme les images cérébrales sont erronées.

La complexité ne se réduit pas à la platitude
L’anthropologue, biologiste et philosophe Gregory Bateson tendait à diviser le monde en deux grands domaines : celui des lois physiques (Pleroma), de la cause à effet linéaire, de l’observateur externe et objectif, et celui de la communication, du langage (Creatura), basé sur des lois plus sophistiquées comme les niveaux de compréhension, l’usage de métaphores, la causalité circulaire propre à la cybernétique, ou l’observateur-participant de l’anthropologie. Mais Bateson affirmait que le monde vivant dans son ensemble, et pas seulement les humains ou les animaux, répondait aux lois de la Creatura.

Les images du cerveau s’expliquent-elles en fonction des lois du Pleroma, sous la forme de systèmes de cause à effet simples (mon amygdale s’active : je suis anxieux) ou est-on déjà entré dans un niveau primitif de la Creatura, et dans ce cas il faudrait plutôt les comprendre comme des discours, des textes, des éléments de littérature demandant pour être interprétés tout l’arsenal de la vieille herméneutique ? Le plaisir, le dégout, l’anxiété, comme un ensemble complexe d’émotions, reliées les unes aux autres ? Absurdité si l’on réfléchit en terme d’influence, de cause à effet, d’impacts ou de de forces. Chose tout à fait normale pour un romancier, un bon psychologue ou quiconque s’amuse à scruter un peu l’âme humaine. Un tel “mélange absurde d’émotions” constitue même d’ailleurs l’ingrédient de base d’un bon roman. Est-il finalement si surprenant que l’imagerie de notre cerveau nous ressemble, et présente la même ambigüité, la même complexité ?

L’accusation de “lecture dans les feuilles de thé” cesse du coup d’être insultante ; après tout c’est sur l’interprétation, la surinterprétation, la déconstruction ou la métaphore à partir des vieux mythes, des grands textes ou des coutumes que ce sont bâties nos civilisations, bien plus que sur les considérations sur les influences et les impacts. Ce qu’on peut reprocher à l’équipe de chercheurs rédactrice de l’article New York Times, ce ne serait pas son imprécision et sa non-scientificité, mais la platitude, la banalité de ses interprétations.

Il importe de trouver la méthode de lecture adéquate de ces témoignages du monde biologique. A l’imagerie cérébrale s’ajoutera peut être bientôt le problème de la compréhension et de l’interprétation du génome humain, qui pourrait bien devenir accessible à tous dans quelques mois, selon certains. Les conséquences psychologiques, sociales et bien sûr judiciaires d’un mauvais type d’interprétation peuvent s’avérer terribles. Car si l’esprit humain fonctionne essentiellement en se racontant des histoires et en bâtissant des métaphores, encore faut il se méfier des mauvaises histoires, des métaphores de bas étage, des techniques de propagande qui ferment l’interprétation et bloquent l’esprit dans des scénarios limités.

Reste à savoir si la civilisation de demain saura intégrer ces nouveaux documents issus du monde biologique à son corpus culturel, en reconnaissant leur complexité intrinsèque sans pour autant les rejeter à cause de leur ambigüité.

Rémi Sussan

par La souris leste publié dans : manipulation mentale

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